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Coups de coeur du petit-déjeuner littéraire du 10 décembre 2011


- OHLSON BENGT ; SYSTER – Phébus
" La soeur de Marjorie disparut un vendredi, début mai ". Ce jour-là, Miriam n’est pas rentrée de l’école, mais on l’a vue marcher, là-bas, du côté de la colline. Si ses parents sont angoissés, Marjorie, elle, semble hors d’atteinte, indifférente, insondable. Ou... peut être se réjouit-elle un peu, un tout petit peu de cette disparition car, après tout, il y avait parfois des jours où elle ne l’aimait pas trop, sa grande soeur Miriam... Alors, pour l’éloigner d’une ambiance saturée de désespoir, sa tante Ilse l’héberge,et, de jour en jour, tente de l’aider à voir un peu plus clair en elle, à distinguer l’amour de la haine, la jalousie de la générosité, l’aveuglement de la lucidité. En somme, elle apprend à Marjorie à grandir et à assumer ses contradictions. Véritable tour de force, Syster restitue à la perfection le regard multiple, voire parcellaire, que tout être pose sur ses proches, sur les paysages et sur le monde.
J’ai beaucoup aimé ce livre : une belle écriture, moderne, sobre et pudique. Une petite fille attachante et un chat énigmatique…

- EMMANUEL CARRERE ; LIMONOV – P.O.L (Renaudot 2011)<
Limonov appartient comme Kampuchéa de Patrick Deville à ces ouvrages qui sont classés dans les romans et qui cependant ne sont pas des oeuvres de fiction mais des récits. Il s’agit avant tout de littérature. Le Nouvel observateur a publié un article intéressant sur le sujet (« la fin du roman » 24 novembre 2011) Emmanuel Carrère dit lui-même : « Par un mélange de purisme et de coquetterie, je n’écris pas ce mot sur la couverture. C’est narratif sans être du roman. C’est un récit, c’est l’histoire d’un mec. Il n’y a aucune discontinuité pour moi avec le journalisme ».
Ce texte est un article de la revue XXI.
Trois aspects dans le récit :
1- La biographie d’Edouard Limonov dont la vie est hors norme. Né dans l’Urss de Staline, émigré aux Etats-Unis après l’effondrement du communisme, écrivain à Paris, combattant peu recommandable pendant la guerre des Balkans, il est aujourd’hui opposant à V.Poutine. Il dit de lui : « j’ai toujours pensé ma vie comme un mythe, comme les aventures d’Ulysse. Un mythe peuplé de monstres et de beautés ».
2- Un portrait en creux de la Russie
3- La suite du portrait d’Emmanuel Carrère qui s’il écrit « D’autres vies que la sienne …. » est toujours omniprésent dans ses livres. C’est la facette la moins convaincante.
Je recommande la lecture de cet ouvrage qui permet de mieux comprendre les évènements qui se déroulent actuellement en Russie.
Annie

- PATRICK DEVILLE ; KAMPUCHEA – Seuil
C’est le récit d’un voyage le long du fleuve Mékong, effectué entre le procès des leaders khmers rouges à Phnom Penh (2009) et la révolte des chemises rouges en Thaïlande (début 2010). Tout part, d’une certaine façon, de la découverte, par hasard, des temples d’Angkor par Henri Mouhot en train de poursuivre un papillon. Car la France est très présente. Elle est la puissance coloniale dont de nombreuses traces demeurent. Et Paris est le lieu où quelques jeunes Cambodgiens, vers le milieu du XXe siècle, viennent poursuivre de brillantes études : ils seront les « frères », numérotés par ordre d’importance, qui se retrouveront plus tard à la tête de l’inconcevable mouvement révolutionnaire des khmers rouges arrivés au pouvoir le 17 avril 1975 et qui organiseront une méthodique extermination de tous ceux qui résistent à leur système. L’auteur explore la mémoire de cette tragédie récente, dans le paysage souvent enchanteur du Mékong. La littérature n’est jamais loin, pour le meilleur (Pierre Loti, Malraux, Kessel ou encore Conrad) mais aussi pour le pire (Douch, l’un des hauts dignitaires après Pol Pot, à l’ouverture de son procès, déclame du Vigny).
Après Pura Vida qui s’attachait à l’Amérique centrale et Equatoria au continent africain, Kampuchea est le récit d’un voyage le long du fleuve Mékong. Un feuilletage de l’histoire des cent cinquante dernières années du Cambodge, depuis la découverte fortuite des temples d’Angkor par Henri Mouhot au procès de Douch, directeur de la prison S-21 sous la dictature de Pol Pot.
Patrick Deville enchevêtre géographie et histoire, décrit l’une pour évoquer l’autre dans de courts chapitres qui sont autant de sauts dans l’espace et le temps pour nous dire aussi bien l’Asie que la France, l’Angleterre que les Etats-Unis, créant ainsi la légende.

- DAVID FOENKINOS ; LES SOUVENIRS - Gallimard
Le narrateur, apprenti romancier, prend conscience à l’occasion du décès de son grand-père de tout ce qu’il n’a pas su vivre avec lui. Il comprend que le seul moyen de garder l’amour vivant est de cultiver la mémoire des instants heureux. Dans le même temps, frappée par le deuil, sa grand-mère semble perdre la tête. Il assiste aux manoeuvres des proches pour la placer en maison de retraite et vendre à son insu son appartement. Ce qu’il n’a pas su vivre avec son grand-père, il décide alors de le vivre avec elle. Il va la voir souvent, parvient à égayer sa solitude, à la faire rire de tout. Mais elle finit par apprendre que son appartement a été vendu, et fait une fugue… Le narrateur va partir à sa recherche, et la retrouver pour lui offrir ses derniers moments de bonheur. Le hasard lui fait en même temps rencontrer Louise, qu’il va aimer, et qui le quittera. Les souvenirs, nourris de joies, de douleurs et de mélancolie, lui offrent désormais la possibilité d’écrire son roman, et peut-être son avenir. David Foenkinos nous offre ici une méditation sensible sur le rapport au temps et sur la mémoire. Les rapports entre générations, les sentiments enfouis, les déceptions de l’amour, le désir de créer, la tristesse du vieillissement et de la solitude, tout cela est exprimé avec une grande délicatesse, un humour léger et un art maîtrisé des formules singulières et poétiques. (Source éditeur)

- Les affres de l’écrivain en mal d’inspiration… Je n’ai pas détesté ce livre tranquille. Les notes de bas de page m’ont gênée, on entre dans une intimité qu’on n’a pas souhaitée, on a l’impression qu’il nous prend pour des ignares mais il paraît que c’est de l’amour…Nicole

- Quel que soit votre âge… N’hésitez pas ! D’abord parce-que ce récit est drôle (« ça ne peut pas faire de mal »…) avec un sens de la formule, un art du portrait qui fait vivre en quelques traits esquissés des personnages décalés, atypiques (et une leçon : ne pas se fier à l’apparence…), des descriptions qui changeront votre regard sur les objets quotidiens les plus laids. Quant au narrateur, adolescent improbable, maladroit, complètement à contre courant, il traverse le récit comme un personnage de Jacques Tati.
Cette histoire est un conte qui nous ouvre les yeux sur ce qui ne va pas aujourd’hui, chez nous, là, maintenant, nous rappelant l’importance de la filiation dans la construction de chaque personne, de la beauté dans notre quotidien, soulignant l’incompatibilité entre rentabilité et respect de la personne…
Ce jeune David Foenkinos nous « donne à voir » avec beaucoup de dérision, de tendresse et de …délicatesse. Danièle

- DAVID GROSSMAN ; UNE FEMME FUYANT L’ANNONCE – Seuil
L’histoire qu’il raconte est celle d’Ora, une femme aux abois qui décide soudain de quitter Jérusalem pour fuir l’annonce. Si elle fait ce choix, c’est pour fuir les fracas de la guerre où son fils Ofer, 20 ans, est plongé. Elle a le terrible pressentiment qu’il va mourir "Une pensée lui effleure l’esprit : si on ne la retrouve pas, s’il est impossible de l’atteindre, alors Ofer ne risque rien. Cette pensée, elle ne la comprend pas elle-même, sa logique lui échappe. Elle part en randonnée à travers la Galilée en compagnie d’Avram, un amour de jeunesse et père de Ofer. Durant ce périple, pendant qu’Avram ressasse ses atroces souvenirs de guerre - il a été torturé dans les geôles égyptiennes -, elle lui parle d’Ofer, de son enfance, de son adolescence, de son départ au service militaire : en le faisant renaître par la magie des mots, elle sait qu’elle lutte contre la mort.
Un roman bouleversant qui repose sur deux thèmes majeurs de notre civilisation judéo-chrétienne : l’annonce faite à Marie et le sacrifice d’Isaac (Grossman a perdu son fils)
Ce n’est pas un roman sur le conflit israélo- arabe mais depuis 1967, on voit comment chaque israélien est affecté dans son quotidien par ce conflit.
J’ai été embarquée avec ces personnages,dont Ora, grave, superbe et drôle.

- ALEXIS JENNI ; L’ART FRANÇAIS DE LA GUERRE – Gallimard (Goncourt 2011)
L’auteur est professeur de biologie à Lyon. C’est son premier roman publié.
En préambule, il faut donner quelques conseils :
. Ne pas se laisser rebuter par l’épaisseur du livre
. Ce n’est pas un livre difficile à lire ni un roman documentaire sur la guerre.
. Pour le lire, il faut avoir un peu de temps devant soi pour entrer dans le rythme. Il y a une alternance de chapitres intitulés Commentaires et romans. Dans les commentaires, le narrateur prend du recul, il a une réflexion globale, dans le roman le héros, second narrateur regarde ce qu’il vit au microscope et nous en fait un tableau très détaillé. Il est important de préciser que ce second narrateur dessine, qu’il calligraphie ce qu’il vit et voit.
Résumé : « Les débuts de 1991 furent marqués par les préparatifs de la guerre du golfe et les progrès de ma totale irresponsabilité ». Première phrase du roman qui nous introduit dans le vif du sujet. Le narrateur est un homme d’une quarantaine d’années qui part un peu à la dérive. Il rencontre un homme plus âgé Victor Salagnon qui va lui raconter sa guerre de vingt ans depuis son engagement un peu par hasard dans la Résistance jusqu’à la guerre d’Algérie en passant par la guerre d’Indochine. C’est la matière de la partie « roman ».Le récit est entrecoupé de commentaires dans lesquels, le narrateur-auteur se livre à une analyse des résonances contemporaines des guerres coloniales qu’il s’agisse des moyens utilisés pour réprimer les émeutes en banlieue, des actions des groupes fascistes tendance OAS ou FN. Le narrateur et le héros vont se lier d’amitié, amitié dont le ciment est l’art de la peinture à l’encre de Chine. A noter qu’Alexis Jenni dessine aussi (voir son blog Voyages pas très loin)
Pourquoi lire ce livre ?
C’est une réflexion sur notre rapport à l’autre, sur l’identité nationale. Il habite longtemps le lecteur. Il y a des pages somptueuses où l’écriture calligraphie la réalité. « Peindre permet d’atteindre cet état merveilleux où la langue « s’éteint » ». C’est un roman qui nous replonge dans un passé que nous avons vécu et qui nous permet de prendre du recul. C’est un roman qu’il faut faire lire aux plus jeunes qui ont une vision lointaine de la guerre. C’est un roman d’aventures qui nous plonge dans l’histoire.
C’est un très beau roman écrit en langue classique. Il ne faut pas redouter l’aspect historique. Vous allez vous régaler.
Nicole et Annie

- HELENE LENOIR. ; PIECE RAPPORTEE - Les éditions de minuit
Helene Lenoir vit en Allemagne. Depuis 1994, elle a écrit dans sa langue d’avant" une oeuvre forte et exigeante. Pièce rapportée est un portrait au vitriol d’une famille bourgeoise. La narratrice "la pièce rapportée" ouvre les yeux sur tous les non-dits, sur la réalité de sa vie de couple. L’élément déclencheur sera l’accident de vélo d’une de ses filles. L’écriture est ici au service de l’histoire. Acérée sans fioritures, elle s’ajuste au rythme du récit sous forme de monologue intérieur, de journal intime, de scènes dialoguées.
J’ai dévoré ce livre. Annie

- CAROLE MARTINEZ ; DU DOMAINE DES MURMURES – Gallimard (Goncourt lycéens 2011)
C’est un envoûtant portrait de femme qui nous plonge dans le passionnant XIIe siècle. A cette époque, un mouvement spirituel étonnant connait un nouvel essor : les « recluses ».
C’est le destin que se choisit Esclarmonde pour échapper au mari imposé par son père (châtelain du domaine des murmures). Souhaitant consacrer sa vie entière à Dieu, elle demande à être enfermée dans une cellule de 4 m² accolée à la chapelle du château.
Cependant elle va rapidement quitter son rapport à Dieu pour aller à la rencontre du monde, et de son propre corps…Les pèlerins affluent, elle les reçoit, les écoute, et se retrouve au carrefour des morts et des vivants. Elle souffle sa volonté sur le domaine de son père, ce père qui déteste Dieu et s’engage sur le chemin des croisades…
Une écriture limpide, précise, poétique. Carole Martinez nous fait partager son imaginaire avec beaucoup de talent et d’émotion. Elle nous attire dans ses filets pour ne plus les lâcher…
Françoise

- VERONIQUE OVALDE ; DES VIES D’OISEAUX - L’Olivier
« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que Madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo ». Car c’est lui, Gustavo Izzara, qui, revenant de vacances un soir d’octobre 1997, appelle la police pour qu’elle vienne constater que sa somptueuse villa de Villanueva avait été cambriolée. Un vol pour le moins étrange puisqu’aucun objet n’a été dérobé et que les intrus, apparemment familiers des lieux, se sont contentés d’habiter la maison en l’absence du couple. Vida Izzara va peu à peu sortir de son silence et dévoiler au lieutenant Taïbo la vérité : Paloma, sa fille unique de 18 ans, s’est évaporée du jour au lendemain avec Adolfo, un mystérieux (dangereux ?) jardinier, et elle la soupçonne d’être revenue, par effronterie, insolence, nostalgie ? hanter la demeure familiale. Les vies d’oiseaux, ce sont celles que mènent ces quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse. Chacun à sa manière, par la grâce d’un nouvel amour, est conduit à se défaire de ses anciens liens, conjugaux, familiaux, sociaux, pour éprouver sa liberté d’exister. Sans plus se soucier d’où il vient ni de là où la vie le mène. Avec Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé continue à explorer les rapports qui lient les hommes et les femmes.
Voilà ce que j’appelle un livre « couette », pour les dimanches après-midi. Ce n’est pas un roman policier et pourtant cette histoire nous tient en haleine…J’ai ressenti une grande compréhension envers ce jeune couple inventif et beaucoup d’empathie pour cette mère qui n’est jamais crédible auprès de son mari.
Nicole

- ERIC REINHARDT ; LE SYSTEME VICTORIA - Stock
Si David Kolski, architecte reconverti en directeur de travaux, avait renoncé à adresser la parole à cette inconnue croisée dans une galerie marchande, s’il lui avait dit : « Excusez-moi, je suis désolé, je vous ai pris pour quelqu’un d’autre », s’il avait su qu’en abordant une femme de cette stature il entraînerait son existence dans une direction impossible, Victoria de Winter n’aurait pas trouvé la mort onze mois jour pour jour après leur rencontre. Aujourd’hui, elle serait encore vivante, David ne vivrait pas retiré dans un hôtel de la Creuse, séparé de sa femme et de ses filles. Il n’aurait pas été détruit par le rôle qu’il a joué dans ce drame ni par les deux jours de garde à vue qui en ont découlé. Seulement, le visage de Victoria s’est tourné vers le sien et David a aussitôt basculé dans sa vie (source éditeur)
La société dominée par l’argent, la pression des financiers sur des cadres surmenés, l’exutoire érotique…Des scènes torrides, répétitives….J’aimerais bien avoir l’opinion de trentenaires…Ce n’est pas un livre pour les retraités, leur vie est bien plus passionnante…
Nicole

- FANNY SAINTENOY ; JUSTE AVANT - Flammarion
Par la voix d’une très vieille dame sur son lit de mort, et par celle de son arrière-petite-fille, une jeune femme que la vie moderne bouscule, cinq générations parlent. Face aux duretés de la vie, face à la mort qui sème la zizanie, leurs histoires transmettent une gaieté indéfectible. Un premier roman, un récit court qui traverse le siècle, réussite rare de vigueur et de simplicité.
J’ai aimé ce portrait croisé de deux femmes, et particulièrement les éléments concernant la vieille dame, qui traverse l’histoire du 20e siècle. Un roman plein de drôlerie et de poésie.
Anna

- SINHA SHUMONA ; ASSOMMONS LES PAUVRES – L’olivier
« Les mots s’ajoutaient aux mots. Les dossiers s’entassaient. Les hommes défilaient sans fin. On ne distinguait plus leur visage ou leur corps. Ensemble comme un gigantesque amas obscur ils nous mettaient mal à l’aise. Ils étaient obligés de mentir, de raconter une tout autre histoire que la leur pour tenter l’asile politique. Évidemment on ne croyait presque jamais à leurs histoires. Achetées avec le trajet et le passeport, elles allaient jaunir et tomber en miettes avec tant d’autres histoires accumulées depuis des années ». Au petit matin, après avoir passé la nuit au poste pour avoir fracassé une bouteille de vin sur la tête d’un immigré, une jeune femme déroule le film de l’année écoulée et les raisons qui l’ont conduite à ce déchaînement de violence. Étrangère elle aussi, elle gagne sa vie comme interprète auprès des demandeurs d’asile, dans les bureaux semi opaques des zones périphériques de la ville. Place intenable, insoutenable. Ce récit se lit comme une succession de tableaux et de scènes, qui fouillent aussi bien les consciences qu’ils peignent la violence du monde. Le regard de l’auteur est comme le poème de Baudelaire qui donne son titre au livre : sans concession et sans complaisance. (source éditeur)
Est-il possible de se couper de ses racines sans se renier ? C’est la question que se pose la narratrice d’Assommons les pauvres, interprète auprès des demandeurs d’asile de son pays d’origine. D’elle dépend le sort de ces hommes qui lui renvoient une image négative d’elle-même, à travers leurs récits falsifiés pour aboutir à ce qu’elle a réussi à obtenir. Comment sortir indemne de cette confrontation ? Elle n’y arrive pas, la violence du monde la contamine peu à peu, même si elle a franchi la barrière, s’est occidentalisée, elle est issue du même pays qu’eux. Un malaise qui va la pousser à agresser l’un de ses compatriotes et la conduira au commissariat, où elle tente d’expliquer son geste. Roman sur la perte identitaire écrit dans une langue imagée, au fil de courts chapitres par une jeune poétesse du Bengale.

- JON KALMAN STEFANSSON ; LA TRISTESSE DES ANGES - Gallimard Jon Kalman Stefansson est un auteur islandais né en 1963. Il s’est fait remarquer avec son premier roman Entre ciel et terre publié en France en 2010. Ses romans nous font voyager dans l’Islande de la fin du siècle dernier : la vie rude des hommes dans le froid, les paysages du grand nord, la quête de soi… On retrouve dans La Tristesse des anges le gamin de son premier roman qui poursuit sa route. Après avoir passé quelques temps dans son foyer d’adoption, il doit quitter sa vie douillette, la poésie et la lecture près du feu, pour accompagner le postier Jen sur les chemins d’une grande expédition… Une quête initiatique.
Un roman à savourer lentement, dans lequel l’épreuve du froid, le rapport au monde, sont décrits dans une écriture douce, lyrique, mais également puissante. Cela, Eric Boury le traduit merveilleusement. Sandrine

- LYONEL TROUILLOT ; LA BELLE AMOUR HUMAINE – Actes Sud
Anaïse, une jeune femme d’origine Haïtienne est dans un taxi, avec Thomas, son chauffeur ; elle espère retrouver les traces d’un père qu’elle n’a jamais connu. Elle est arrivée à Port au Prince et elle se rend dans le petit village Anse à Fôleur, d’ où son père est originaire. Elle est pleine de questions : Que va t’elle trouver une fois dans le petit village d’où est originaire son père ? Pourquoi a-t-il quitté ce village en laissant tout derrière lui ?
A cette question s’en rajoute une autre : qu’est-il arrivé au grand père de la jeune fille et à son ami Monsieur le commandant tous deux mystérieusement disparus dans un incendie ? Quel lien existe-t-il entre tous les habitants qui vivent en apparence de bonheur et de simplicité ? C’est une sorte de thriller poétique.....
Lyonel Trouillot revient à ses sources haïtiennes, avec ce roman dont l’intrigue se passe sur son île natale. On a aimé la langue, très riche, et été captivées, amusées, bercées par la voix de l’auteur.
Anna et Françoise

- DAVID VANN ; DESOLATION – Gallmeister
La vie conjugale d’Irène et Gary s’essouffle après plus de trente ans de vie commune. Chacun est enfermé dans des rêves et ses désirs sans pouvoir les communiquer. Irène est marquée par un traumatisme familial, Gary par des échecs personnels. Gary entraîne Irène dans la construction de la cabane de ses rêves, symbole pour lui d’une harmonie avec la nature.
Le récit est construit sur un va et vient entre les relations du couple parental et celles de leur fille avec son compagnon, cela dans une durée de quelques semaines. La dimension tragique de l’histoire est soutenue par une tension croissante qui s’accélère jusqu’à la fin du roman ; tension mise en relief par les caprices du climat à l’image des tempêtes intérieures des personnages. Le lecteur est rapidement conduit à imaginer un drame. Le paradoxe entre la description de la puissance grandissante des paysages naturels et la destruction intérieure progressive des acteurs contribue à la force de ce livre qui nous met face à des questions existentielles, notamment le poids de la destinée.
Marie-Josée et Sandrine

- DELPHINE DE VIGAN ; RIEN NE S’OPPOSE A LA NUIT - J. C. Lattès
Pourquoi cet hommage à Bashung ? Simplement, parce que, face au rouleau compresseur de la dépression, de la maladie mentale, seule cette part sombre de nous peut être interrogée. Et ce sont des zones d’ombres de sa mère que Delphine de Vigan tire ce roman.
J’ai aimé cette phrase : « J’ai essayé d’écrire ma mère.. »
Pour écrire sur sa mère qui s’est donnée la mort il y a peu, l’auteur a enquêté. D’abord en elle-même, relisant ses journaux intimes, en fouillant le passé familial, interviewant les frères et soeurs, les proches. Elle cherche, Delphine, à connaitre le secret de cette famille, celle de Lucile sa mère, en apparence parfaite, nombreuse, heureuse dans la réunion et qui en fait est dans le déni (référence au livre de Lionel Duroy, Le Chagrin).
Delphine de Vigan interroge cette histoire qui lui est si proche et encore si douloureuse. Elle alterne le récit chronologique de la vie de Lucile et les chapitres où elle s’astreint à se raconter en train d’écrire sur sa mère (work in process).
J’ai aimé la façon dont elle recrée la vie de Lucile et particulièrement l’enfance pour arriver jusqu’à la révélation terrible de ce qu’a vécu Lucile, enfant.
Anna

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